Tunisie: Vers une hausse des TIC dans la chaîne de valeurs
by O
xford Business Group
Microsoft, le géant mondial de l'informatique, et le gouvernement tunisien ont récemment conclu une série d'accords, remettant au goût du jour le développement du secteur des Technologies de l'information et de la communication (TIC).
La multitude de petites entreprises et de centres d'appels issus des TIC attestent de l'expansion du secteur en Tunisie, où se concentre l'essentiel des activités de recherche et de développement de Microsoft au Maghreb. Microsoft s'est engagé à développer et à moderniser les infrastructures des TIC dans le pays en vue de hisser l'industrie vers une chaîne de valeurs plus élevée et de fournir des services plus sophistiqués et plus rentables.
Le gouvernement soutient fermement l'industrie en accordant des primes aux entreprises. Cependant, les infrastructures des TIC sont insuffisantes pour subvenir au niveau de services que la Tunisie entend offrir. Les chefs d'entreprises s'accordent à dire qu'une meilleure direction de la part des majors ainsi qu'une revalorisation du secteur sont nécessaires pour monter d'un cran la gamme des services TIC proposés. Par ailleurs, la consolidation des services dans un marché éclaté est également perçue comme étant une étape nécessaire pour aller de l'avant.
Durant sa visite les 2 et 3 octobre dernier à Tunis, Steve Ballmer, président exécutif de Microsoft, a confirmé la « volonté de Microsoft de consolider la collaboration avec la Tunisie afin d'aider l'industrie des TIC à se développer ». Cette visite s'est ainsi achevée par la signature d'une série d'accords avec plusieurs équipes gouvernementales, dont le ministre de l'éducation et de la formation, Mr. Sadok Korbi, et celui des technologies de la communication, Mr. Haj Klai. Les accords prévoient notamment l'implication de Microsoft dans la généralisation des TIC dans les écoles, un appui aux efforts de formation des ressources humaines et un soutien dans la concrétisation de l'administration électronique.
Ces accords entrent dans le cadre du partenariat avec le gouvernement tunisien établi en juillet 2006 par Bill Gates et Khedija Ghariani, la secrétaire d'Etat chargée de l'Informatique et de l'Internet. Cette convention de partenariat a permis de créer un Centre d'innovation Microsoft (MIC) unique au Maghreb, implanté au Parc Technologique d'Elghazala de Tunis. Inaugurée fin mai 2007, la structure a pour mission de « stimuler l'innovation et l'entreprenariat, développer le capital intellectuel et renforcer le partenariat industriel en canalisant les synergies de Microsoft avec les différents acteurs du tissu local; à savoir les gouvernements, les universités, les entreprises IT, et les partenaires Microsoft », a dit à OBG Sarra Hanachi, Directrice du Centre d'innovation Microsoft. « Ce centre a pour objectif de soutenir le développement de l'industrie logicielle en Tunisie et de contribuer à construire une économie logicielle compétitive et pérenne. »
Les entreprises nationales specialisées dans les technologies de l'information accueillent favorablement l'enthousiasme et le soutien du gouvernement au secteur. « A travers les avantages économiques et fiscaux, le gouvernement encourage et soutient les entreprises investissant dans les nouvelles technologies, notamment les sociétés offshore », a dit à OBG Marwan Hanifeh, Directeur général de Vermeg. Cette société offshore de services en ingénierie informatique (SSII) à ainsi bénéficier des avantages offerts par l'Etat, facilitant leur installation en Tunisie.
La Tunisie n'est pas encore reconnue comme chef de file dans le paysage mondial des TIC, ce qui représente une contrainte à son expansion.
Néanmoins, selon Marwan Hanifeh, « malgré une nette expansion du secteur des TIC ces dernières années, le marché local et l'évolution des entreprises tunisiennes restent limités », a t-il dit. De plus il apparait que le manque de visibilité, quant à la création du marché et le développement des sociétés, sont autant de facteurs pénalisant l'évolution du secteur et des entreprises tunisiennes.
Les analystes sectoriels affirment que des projets de grande envergure menés par des entreprises majeures, des procédures simplifiées et une organisation claire du secteur sont nécessaires afin de développer le marché local. L'industrie doit mettre en oeuvre une grille d'évaluation et des modèles d'usage provenant des entreprises les plus importantes et les plus innovantes. Le secteur est actuellement éclaté, avec la majorité des entreprises comptant moins de 10 salariés.
« De part sa proximité géographique et culturelle avec l'Europe et la qualification de ses ingénieurs, la Tunisie a un réel potentiel pour devenir une plateforme de référence pour les activités des TIC offshore », a dit à OBG Jérôme Boyet, directeur général d'Alcatel-Lucent Tunisie.
Avec 130 centres d'appels prévus d'ici fin 2007, les entreprises tunisiennes et les experts en TIC ont démontré leurs capacités à répondre aux attentes des sous-traitants européens. Néanmoins, les infrastructures existantes ne sont pas suffisantes pour développer des activités de sous-traitance à haute valeur ajoutée comme les centres d'hébergement, le management de sites ou encore les centres de facturation.
Si elle souhaite se hisser le long de la chaîne des valeurs, la Tunisie devra s'attaquer aux faiblesses inhérentes à ses infrastructures technologiques.
Le pays pourrait ainsi suivre le modèle de développement du secteur des TIC de l'Inde, qui a réussi à créer un marché intérieur et des références indiennes en matière de technologies et de services à haute valeur ajoutée. Le pays attire nombre d'investissements et de clients dans le cadre d'externalisation de services.
Malgré les efforts et les investissements du gouvernement dans le déploiement des TIC, les entreprises tunisiennes ont aujourd'hui besoin d'un développement plus soutenu du marché local. Un marché local où ces dernières seront à même de se développer, d'innover, d'exploiter leurs savoir-faire et finalement d'exporter leurs services d'externalisation.