Maroc: Une nouvelle politique agricole
par
Oxford Business Group
Le ministre marocain de l'Agriculture et de la Pêche, Aziz Akhannouch, a récemment fait part de l'engagement du gouvernement à mettre en oeuvre une nouvelle stratégie de développement agricole destinée à rehausser la productivité.
A l'occasion de l'ouverture des travaux de la 6ème édition du séminaire institutionnel du Conseil général du développement agricole tenue à Rabat le 12 Décembre dernier, Akhannouch a souligné le besoin de donner une nouvelle dynamique à ce secteur. « Les défis de la productivité et de la compétitivité de l'agriculture marocaine ne peuvent être relevés qu'au prix d'un effort volontariste et de longue durée », a-t-il expliqué.
Selon le ministre, l'Etat doit jouer le rôle de médiateur entre le secteur et les investisseurs pour encourager le processus de mutation. « Compte tenu des spécificités du secteur, l'implication des agriculteurs émane d'une redéfinition du rôle de l'Etat sur la base de nouveaux rapports avec les producteurs et les acteurs », a-t-il expliqué, ajoutant que l'Etat entendait mettre en place les initiatives nécessaires afin de faciliter l'accès à l'innovation, aux financements et aux marchés.
L'engagement ferme de l'Etat paraît incontournable compte tenu des faibles précipitations enregistrées en 2007. Faisant vivre directement ou indirectement près de la moitié de la population du pays, l'agriculture représente à la fois un défi, et un enjeu stratégique pour l'économie marocaine.
Dans l'immédiat, le secteur est marqué par une sécheresse importante auquel le pays doit résolument faire face. Les autorités publiques ont déjà agi en octroyant un certain nombre de subventions, pour l'achat, par exemple, de matériel en vue de réduire au minimum la perte d'eau liée aux pratiques d'irrigation.
Par ailleurs, la nouvelle politique agricole entend surmonter un tout autre obstacle. Selon les droits de succession marocains, suite à l'héritage, les terres agricoles sont transmises et partagées à parts égales au cours des générations successives. Cette pratique ancestrale a entraîné le morcellement des terres agricoles. Selon les statistiques gouvernementales, environ 69% des fermes marocaines consistent en terrains d'une superficie inférieure à 5 ha. Actuellement, à peine 11 000 propriétés agricoles dépassent les 50 ha.
Si les petites et moyennes exploitations agricoles affichent des taux de productivité relativement faibles, les subventions ne représentent pas une solution viable à long terme. Dans le contexte de l'intégration du Maroc au marché mondial, les agriculteurs sont en perte d'efficacité et de compétitivité par rapport à leurs concurrents. Des réformes sont donc indispensables. En outre, les directives issues de l'Organisation mondiale du commerce et des accords de libre-échange sont amenées à être de plus en plus contraignantes à condition de refondre le secteur.
Pour impulser le processus de restructuration, le gouvernement marocain a engagé une politique de vente-location des fermes d'Etat gérées précédemment par la Sodea (Société de développement agricole). L'appel d'offres a enregistré un certain succès auprès des investisseurs étrangers et des gérants spécialisés. EN 2004, ce sont 41 837 ha de terres qui ont été ainsi attribuées, ce qui a permis à l'Etat d'engranger 4,7 milliards de dirhams (610 millions de dollars). Selon les chiffres officiels, les investisseurs étrangers auraient injecté 25,3 millions de dirhams (3,28 millions de dollars) dans le secteur en 2006.
Début décembre, un deuxième appel d'offres de même nature a été annoncé, totalisant 38 731 ha de fermes d'Etat. Si les noms des bénéficiaires ne seront pas connus avant début 2008, un certain nombre de propositions auraient été faites par des groupes français, égyptiens, espagnols et émiratis.
En dépit du succès de la cession des terres agricoles en crédit-bail, la nouvelle politique agricole doit résoudre la question du morcellement des terres agricoles et l'intégration des 850 000 petites et moyennes exploitations du pays, qui représentent l'épine dorsale du secteur. La mise en oeuvre de réformes en la matière permettra de réaliser des économies d'échelle appréciables tout en attirant l'attention des investisseurs étrangers.