COOPERATION - Tunisia 2020 impulse une nouvelle dynamique économique

21/12/2016
Pays de destination(s) : Euromed, Tunisie
Secteur(s) concerné(s) : Autre ou non spécifié

Ouvert au son de « Houmet el-Houma », l’hymne national, dans un Palais des Congrès comble, la Conférence Internationale de l’Investissement pour la Tunisie a réuni, les 29 et 30 novembre 2016, plus de 4 000 participants représentant 70 pays, dont Emmanuel Noutary, Délégué Général d’ANIMA Investment Network


L’objectif était de mettre au premier plan l’économie, les finances et les atouts de la « Nouvelle Tunisie » afin de ramener la croissance et réunir non pas « des dons mais des investissements » pour reprendre la formule du Ministre de l’Investissement et de la Coopération internationale M. Fadhel Abdelkéfi.

Le pari semble réussi puisque la levée de fonds a atteint 15 milliards de dinars fermes, auxquels s’ajoutent des promesses à hauteur de 19 milliards de dinars, soit un total avoisinant 14 milliards d’euros (Md€). Au-delà des financements, la participation de la communauté internationale et les engagements pris lors de Tunisia 2020 symbolisent avant tout un soutien marqué à la Tunisie, et envoient un signal fort aux investisseurs privés.

 

Inscrire la Tunisie dans une transition économique durable

La Tunisie, engagée dans un processus de transition démocratique depuis 2011, traverse une période économique difficile : insuffisance de la croissance et des investissements, réputation d’insécurité nuisant fortement au tourisme en particulier. Après un sursaut des flux d’IDE (investissement direct étranger) en 2012, saluant l’espoir suscité par l’avènement de la démocratie, les annonces et les flux entrants d’IDE se sont en effet tassé pour atteindre leur plus faible niveau de la décennie en 2015 (Figure 1), comme le montre le récent bilan [1] d’ANIMA Investment Network.

 

Figure 1 : IDE en flux (millions de dollars, CNUCED) et nombre d’annonces (ANIMA)

Graphique sur les IDE en flux (millions de dollars, CNUCED) et nombre d’annonces (ANIMA)

[1] 10 ans d’investissements étrangers et partenariats d’affaires en Méditerranée. Novembre 2016, ANIMA

La Tunisie dispose pourtant de fondamentaux solides pour attirer les entreprises étrangères : proximité avec l’Europe et l’Afrique, qualité des ressources humaines unanimement saluée et montée en gamme de plusieurs secteurs. Les acteurs de la Conférence Tunisia 2020 ont ainsi mis en avant une filière TIC structurée et extrêmement compétitive et une forte expertise dans plusieurs secteurs à fort potentiel comme le textile, l’aéronautique ou encore l’économie « verte ».

Intervenants et participants ont également souligné quasi-unanimement l’important chemin parcouru depuis 2011 et salué les changements durables et positifs pour le climat des affaires et l’avenir tunisien, à commencer par l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2017, du très attendu nouveau Code des investissements. Il apporte notamment une simplification des procédures, davantage de garanties aux investisseurs, ainsi que de nouvelles structures d’encouragement à l’investissement : Conseil supérieur de l’investissement, Instance tunisienne de l’investissement et le fonds tunisien d’investissement.

 

Une communauté internationale engagée : le bilan des promesses

L’Europe est au premier rang des soutiens apportés à la Tunisie : 2,5 milliards d’euros octroyés par la Banque européenne d’investissement (BEI) et plus de 47 millions d’euros (M€) de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Le Commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage Johannes Hahn a pour sa part déclaré que l’aide européenne pourrait atteindre 206 M€ pour 2017, avec une possible reconduction pour les années suivantes.

La France, premier investisseur étranger en Tunisie avec 211 projets d’IDE annoncés entre 2006 et 2015, était bien sûr particulièrement attendue. « S’engager [aux côtés de la Tunisie] est un devoir et une responsabilité » a ainsi déclaré son Premier ministre Manuel Valls, accompagné pour l’occasion de plus de trente délégations d’entrepreneurs, hommes d’affaires et journalistes français. Un plan d’assistance concret d’un milliard d’euros d’ici 2020 et 170 M€ supplémentaires apportés par l’Agence française de développement (AFD) sont prévus. Une aide de 93,5 M€ est également annoncée par l’Allemagne, troisième investisseur européen en Tunisie derrière la France et l’Italie d’après l’observatoire ANIMA des investissements et partenariats en Méditerranée (Figure 2).

 

Figure 2 : Nombre d’annonces d’IDE des principaux pays investisseurs (2006-2015, ANIMA)

Graphique sur le nombre d’annonces d’IDE des principaux pays investisseurs (2006-2015, ANIMA)

 

Le groupe Banque mondiale a quant à lui présenté sa stratégie, assortie d’enveloppes financières importantes : jusqu’à 5 milliards de dollars pour la période 2016-2020. Au niveau régional, la Banque Africaine de développement (BAD), qui a fait de Tunis sa capitale pour l’Afrique du Nord et y a même déplacé son siège de 2003 à 2014, apportera plus de 2 milliards d’euros d’ici fin 2020. Le Fonds Arabe pour le développement économique et social (FADES) promet plus d’1,6 Md€ de financement à des conditions préférentielles sur 30 ans. La Banque islamique de développement mobilise enfin jusqu’à 1,8 Md€ sur 5 ans. Les pays de la région répondent également présents puisque le Qatar promet 1,1 Md€, le Koweït 450 M€ et la Turquie s’engage pour 100 M€.

De nombreux partenariats ont également pu voir le jour dans des filières innovantes, avec par exemple la mise en place en 2017 d’une plateforme électronique pour la future instance nationale d’investissement, grâce à un accord entre le Ministère des Technologies de la communication et de l’Economie numérique et Microsoft. Cette plateforme aura pour objectif principal d’informer les investisseurs sur le processus de création d’entreprises en Tunisie.

 

Les défis de l’après-conférence : concrétiser les intentions d’investissements

La conférence Tunisia 2020 précède les résultats de la première revue menée par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du programme de Facilité élargie de crédit (2,9 milliards de dollars sur 48 mois) accordé en mai dernier. Cette évaluation semestrielle examine les progrès dans la mise en œuvre des réformes structurelles du Plan de développement 2016-2020, dont l’objectif est de ramener une croissance économique plus marquée :

  • réformes des institutions publiques : restructuration, subventions, régime fiscal, et adaptation du système de protection sociale ;
  • politiques relatives au secteur financier afin de stabiliser et renforcer le secteur bancaire ;
  • et enfin réformes structurelles pour redynamiser le secteur privé : loi sur la concurrence, partenariats publics privés, nouveau code des investissements.

Ce plan intègre notamment la nouvelle vision de la Tunisie reposant sur cinq axes : i) Bonne gouvernance, réforme de l’administration et lutte contre la corruption ; ii) Transition d’une économie à faible coût à un hub économique ; iii) Développement humain et inclusion sociale ; iv) Concrétisation des ambitions des régions ; 5) L’économie verte, pilier du développement durable.

Les résultats de cette revue, qui conditionnent le versement de la seconde tranche du crédit du FMI, et s’ils ne conditionnent pas la tenue des investissements annoncés, ils enverront un signal fort à la communauté internationale sur la situation économique de la Tunisie et pourront avoir une influence sur le calendrier. Le respect de ces promesses dans le temps est crucial, alors que d’importants défis socio-économiques perdurent pour le gouvernement tunisien. Une problématique majeure réside dans la fracture régionale forte en Tunisie et la question du retard économique des régions intérieures. La réduction des disparités est ainsi au cœur de la stratégie relance économique du pays. La prise en compte de l’économie informelle– dont la part a explosé depuis 2011 pour passer de 15 à 50% du PIB tunisien – constitue un autre enjeu de taille. Enfin, l’accompagnement des jeunes entreprises sur le long terme reste une priorité, afin de faire émerger davantage de projets de qualité dans lesquels investir.

Tunisia 2020, jugée par tous comme une réussite, a incontestablement créé une dynamique et « donné des signaux positifs aux investisseurs et à la communauté internationale » comme le souligne par exemple le Directeur Général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Roberto Azevedo. Reste désormais à assurer une coordination optimale entre Etats, bailleurs de fonds et investisseurs afin de concrétiser au plus vite les engagements pris, pour reprendre l’appel de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA).

 

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