INVESTISSEMENT ETRANGER : léger recul en 2016 pour les pays MED, mais des prévisions optimistes

10/07/2017
Source : UNCTAD
Pays de destination(s) : Euromed
Secteur(s) concerné(s) : Autre ou non spécifié

Croissance économique faible et risques politiques importants perçus par les entreprises : les flux d’investissement direct étranger (IDE) ont baissé de 5% en 2016 dans les pays MED, après le fort rebond enregistré en 2015 (+25%).


Ces chiffres, publiés dans le rapport annuel sur l’investissement mondial (World Investment Report 2017 - WIR 2017) de la CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) rendu public le 7 juin 2017, confirment que le chemin de la reprise économique reste instable. 2016 constitue une année de stabilisation à l’échelle mondiale (les flux globaux ont diminué de 0,9%), alors que la CNUCED avait expliqué la hausse de 2015 (38% à l’échelle mondiale), par d’importantes reconfigurations des entreprises multinationales. Dans les pays MED, l’embellie reste tributaire du contexte politique et de l’adoption de nouvelles politiques d’investissement engagées dans plusieurs pays.

Figure 1 : Flux entrants d'IDE dans les pays MED depuis 2000 (source : CNUCED, en millions de dollars)

 

La baisse globale des flux d’IDE en 2016 est le résultat d’une croissance économique faible

Le World Investment Report 2017 fait état de tendances divergentes entre les régions. Les économies développées captent 59% des flux d'IDE entrants mondiaux en 2016, la proportion la plus élevée depuis 2007. La croissance des investissements en Amérique du Nord (+9%) et dans les autres pays développés (+164% pour l’Australie, les Bermudes, Israël, le Japon et la Nouvelle Zélande cumulés) a contrebalancé la baisse des IDE en Europe (-6%). A l’inverse, les entrées d’IDE dans les économies en développement ont reculé de 14% en 2016 en raison des faibles prix des produits de base et du ralentissement de la croissance économique.

La CNUCED est prudemment optimiste pour 2017 : la hausse du commerce international, l’augmentation des bénéfices des entreprises et la reprise économique pourraient être favorables à une légère augmentation (+5%) des flux d’IDE, néanmoins tributaire des tensions géopolitiques actuelles. Le rapport consacre son focus annuel à l'économie numérique, stratégique pour un développement inclusif et durable à l’échelle globale.

 

 

La Méditerranée suit la tendance mondiale, mais le Mashreq et Israël tirent leur épingle du jeu

Suivant la tendance mondiale, les 11 pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (MED : Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie et Turquie) ont donc enregistré un repli de 5% des flux entrants d’IDE en 2016, et capté 2,4% des entrées mondiales d’investissement direct étranger, une part stable par rapport à 2015 (2,5%). Ces chiffres régionaux masquent des réalités nationales très contrastées : la Turquie et Israël restent les deux poids lourds économiques de la région, suivis par l’Egypte, qui tire vers le haut l’Afrique du Nord.

 

Afrique du Nord : les investissements se tassent dans les pays du Maghreb mais progressent en Egypte

 

Figure 2 : Flux entrants d'IDE de 2011 à 2016 dans les pays d’Afrique du Nord (source : CNUCED, en millions de dollars)

 

En Algérie tout d’abord, après les flux négatifs enregistrés en 2015 avec le rachat de l’opérateur télécom Djezzy par l’Etat, l’investissement étranger retrouve un niveau très proche de la moyenne des années 2012 à 2014 (environ 1,5 milliards de dollars), qui se situe bien en deçà du fort potentiel du pays. Les investisseurs continuent à espérer l’amélioration du climat des affaires et la réforme du cadre de l’investissement pour saisir les nombreuses opportunités sectorielles de ce pays au marché domestique conséquent. Le projet de loi finances (PLF) 2017 adopté en octobre 2016 propose de nouvelles incitations fiscales pour les entreprises et investisseurs. Une réforme des missions de l’ANDI (Agence Nationale de Développement de l’Investissement) est également à l’étude.

En Libye, l’impasse politique perdure, interdisant toute reprise significative de l’activité des entreprises étrangères.

Le Maroc, qui a enregistré de belles performances au cours des 5 dernières années, connaît pour sa part un repli marqué (-29% par rapport à 2015), que la CNUCED attribue à la réduction de la demande des consommateurs européens. Le Maroc, fort de son statut de base industrielle d’envergure, dans l’automobile et l’aéronautique notamment, conserve néanmoins sa place parmi les premiers pays africains bénéficiaires d’IDE, en se classant 4ème en 2016. Il poursuit également sa stratégie d’investissement régionale en Afrique, avec des flux sortants d’IDE dépassant 600 millions de dollars, comme en 2015. Le projet de nouvelle Charte de l’investissement, révélé en juillet 2016, devrait être adopté à la fin de l’année 2017 ou au début 2018. Il se substituera au précédent texte, qui date de 1995, et devrait contribuer à l’amélioration du climat des affaires au Maroc.

En Tunisie, l’investissement étranger ne décolle toujours pas : le nouveau recul enregistré en 2016 (-4%) fait passer les flux d’IDE sous le seuil symbolique du milliard de dollars pour la première fois depuis 2006. Le plan stratégique Tunisia 2020 annoncé lors de la Conférence internationale de l’investissement de novembre 2016 et l’entrée en vigueur en avril 2017 du nouveau Code de l’investissement, dont les derniers décrets sont attendus d’ici la fin de l’année 2017, constituent néanmoins des signaux forts pour les entreprises étrangères. Parmi les améliorations apportées, le Code élimine les impôts sur les bénéfices sur les grands projets d'investissement pendant 10 ans et facilite les transferts de fonds hors du pays.

Comme en 2015, les investissements en Afrique du Nord sont tirés vers le haut par l’Egypte, où les flux entrants d’IDE augmentent de 17% en 2016. Il s’agit de la meilleure performance pour les pays MED si l’on exclut la Palestine (où les flux sont trop faibles pour que leurs variations ne soient significatives), et l’Algérie, qui avait connu un exceptionnel bilan négatif en 2015. La CNUCED mentionne notamment des investissements dans le secteur égyptien des hydrocarbures, après la découverte de réserves de gaz dans le désert occidental. La signature de l’accord entre Egypte et Chine portant sur la construction d’une nouvelle « Route de la soie », dénommée « One Belt and One Road », permet en outre au pays de capter des investissements chinois d’une valeur de 15 milliards de dollars, notamment consacrés au développement de zones économiques dans le Canal de Suez. Le pays a par ailleurs adopté le 2 juin 2017 une nouvelle loi pour l’investissement, réduisant les formalités administratives pour les nouveaux projets et mettant en place de nouvelles incitations.

 

2016 constitue en revanche un assez bon cru pour les pays Mashreq

Le bilan est orienté à la hausse en Palestine, où les flux entrants d’investissement étranger font plus que doubler (même s’ils demeurent très modestes, cf. figure 3) et au Liban : +9%. Avec des investissements étrangers représentant 4,9% du PIB, le Liban constitue l’une des économies les plus performantes de la région, et se classe 4ème parmi les 19 pays arabes en entrées d’IDE, malgré une situation politique toujours tendue. Le pays peut notamment compter sur des politiques libérales favorisant l’investissement, une main d’œuvre qualifiée, un secteur bancaire efficace et une situation régionale stratégique.

En Jordanie, les investisseurs demeurent prudents : les flux reculent de 4% en 2016 et sont à leur plus bas niveau depuis 2012. Une nouvelle loi encadrant l’investissement étranger a toutefois été adoptée le 16 juin 2016 afin de renforcer l’attractivité du pays. Elle actualise la liste des secteurs fermés à l’investissement étranger (armement, artisanat) et de ceux pour lesquels une association avec un investisseur local majoritaire s’impose (maintenance et services de santé maritimes), et supprime le capital social minimum qui s’imposait aux investisseurs.

Figure 3 : Flux entrants d'IDE de 2011 à 2016 dans les pays du Mashreq, en Israël et en Turquie (source : CNUCED, en millions de dollars)

 

 

Israël reprend la tête du classement, dépassant la Turquie pour la première fois depuis 2004

La Turquie, qui semble durablement ébranlée par la tentative de coup d’Etat de juillet 2016, enregistre un déclin de 31% de ses entrées d’IDE. Le pays dispose néanmoins de fondamentaux économiques solides : diversification industrielle et moindre exposition aux fluctuations du prix du pétrole. La Turquie a de plus introduit en mars 2016 des mesures attractives pour les investisseurs étrangers, portant notamment sur le soutien à la recherche et le développement (R&D) et aux activités d’innovation, ainsi qu’un règlement, mis en place en 2017, offrant la citoyenneté turque aux investisseurs étrangers sous réserve de certaines conditions. Le pays a enfin conclu pas moins de sept accords internationaux d'investissement en 2016, avec la Géorgie, la Somalie, la Jordanie, le Ghana, la Côte d’Ivoire et la République de Moldavie.

Israël enfin redevient en 2016 la première destination des investisseurs étrangers en Méditerranée, avec 12,3 milliards de dollars investis (une hausse de 7% par rapport à 2015), contre un peu moins de 11 milliards pour la Turquie. Le pays constitue en outre un des grands émetteurs d’IDE : ses investissements, en hausses de 26% en 2016, sont notamment le fait du géant Teva Pharmaceutical. Le pays continue à miser sur sa forte attractivité en termes d’innovation et a d’ailleurs lancé en décembre 2016 le programme Innovation Visas pour attirer des entrepreneurs étrangers innovants.

 

Bibliographie / Plus d’informations

  • United Nations Conference on Trade And Development – UNCTAD (2017). World Investment report 2017 – Investment and the digital economy
  • Observatoire ANIMA-MIPO des investissements et partenariats en Méditerranée (www.animaweb.org/mipo)  

 

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