La croissance marocaine resiste aux turbulences globales

11/08/2008
Source : Le Monde
Pays de destination(s) : Maroc
Secteur(s) concerné(s) : Autre ou non spécifié

En tablant sur un taux de croissance de 7% sur les 4 prochaines années, le gouvernement voudrait voir le PIB par habitant passer de 2 650 dollars en 2007 à 4 150 dollars en 2012.

Le Maroc s'industrialise et s'enrichit, mais déficits et inégalités se creusent

par Florence Beaugé, Le Monde

En dépit d'un contexte international très défavorable, l'économie marocaine se porte plutôt bien. Tout le monde l'admet au Maroc, mais les analyses divergent quant à la durée de ce qu'on qualifie à Rabat de "boom économique".

Selon le ministère marocain de l'économie et des finances, la croissance sera de 6,8 % en 2008, et devrait continuer dans les quatre années à venir à peu près au même rythme, le taux d'inflation ne dépassant pas 3 %. Ainsi, espère-t-on à Rabat, le revenu par habitant passerait de 2 650 dollars en 2007 à 4 150 dollars en 2012.

"Jamais, depuis trente ans, je n'ai vu le Maroc courir à une telle vitesse ! Une classe moyenne est en train d'émerger. Il a été vendu plus de 100 000 voitures neuves l'année dernière, contre 10 000 il y a quinze ans", souligne Nadia Salah, éditorialiste et directrice du quotidien L'Economiste.

Un retournement de situation est-il possible ? Beaucoup le craignent, tout en admettant que l'économie marocaine sort peu à peu de sa dépendance de l'agriculture (15 % du PIB mais 40 % de la population active). Mais la situation reste fragile. Pas de pluie, et le PIB peut tomber d'un coup à 2,4 %, comme en 2007.

En raison de la diversification progressive du tissu productif (industries, accueil d'entreprises délocalisées, télécommunications, bâtiment, tourisme), la croissance hors agriculture est à présent de 5,7 % par an. Reste que le déficit de la balance commerciale s'accroît. S'il a été contenu cette année, c'est grâce à l'envolée du prix des phosphates. Sans cette manne providentielle, le pays aurait difficilement résisté à l'explosion des importations (biens d'équipement surtout), à la hausse des denrées alimentaires, et à celle, vertigineuse, de l'or noir (dont le royaume importe la totalité de ses besoins).

Certes, le Maroc a bénéficié, il y a quelques mois, d'un don de 800 millions de dollars des pays du Golfe, mais il s'agissait d'une bouée de sauvetage. La facture pétrolière du royaume a augmenté en un an de près de 69 %.

Dans la même période, le prix des phosphates marocains, lui, passait fort heureusement de 40 dollars à 250 dollars la tonne. Le royaume est le premier producteur du monde de ce minerai indispensable à la production des engrais, qui croît au rythme de la demande alimentaire.

L'expérience du milieu des années 1970, qui avait vu chuter le prix des phosphates après une hausse spectaculaire, conduit les observateurs à la prudence. De plus, les concurrents potentiels du Maroc sont nombreux : Arabie saoudite, Jordanie, Tunisie et même Algérie. Si le prix des phosphates marocains grimpe trop, les réserves des voisins pourraient se révéler attractives.

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