Le pétrole cher accélére les investissements dans l'exploration et la production d'hydrocarbures

23/07/2008
Source : Oxford Business Group
Pays de destination(s) : Tunisie
Secteur(s) concerné(s) : Energies conventionnelles

La Tunisie connaît un véritable boom pétrolier depuis 2005. Les investissements directs étrangers dans le secteur ont ainsi été multiplié par 4, avec près de 2,5 milliards de dollars injectés en 2008.


Tunisie: Reprise du forage

Par Oxford Business Group

Si l'explosion des prix pétroliers contribue à augmenter les pressions inflationnistes qui pèsent sur l'économie tunisienne, le prix élevé du carburant représente une aubaine pour le secteur énergétique national. En effet, la hausse importante du prix du brut permet d'attirer l'attention sur les pays producteurs de pétrole secondaires, ce qui, dans le cas de la Tunisie, a conduit à la réalisation d'une série de nouveaux projets d'exploration ces dernières années, avec réussite pour la plupart d'entre eux.
Selon Afif Chelbi, ministre tunisien de l'industrie, de l'énergie et des petites et moyennes entreprises, les investissements dans l'exploration et la production d'hydrocarbures ont été multiplié par quatre au cours des trois dernières années et devraient s'élever à 2,5 milliards de dollars en 2008, a-t-il déclaré à l'occasion de la conférence du Maghreb et de la Méditerranée sur le gaz et le pétrole qui a eu lieu à Tunis le mois dernier.

L'année dernière, le secteur de l'énergie a fait l'objet de 60% du total des investissements directs étrangers (IDE) réalisés dans le pays. Plusieurs entreprises étrangères sont actives dans le secteur en amont, y compris le groupe énergétique autrichien OMV et le pétrolier anglo-hollandais Royal Dutch Shell. A l'issue de l'année 2007, le gouvernement avait émis 36 permis d'exploration et 14 permis de prospection, et, selon l'Entreprise Tunisienne d'activités pétrolières (ETAP), la société publique en Tunisie, 20 autres puits d'exploration devraient être forés courant 2008. Aujourd'hui, 16 blocs, dont 10 licences offshore, ont été délivrés pour concession sous forme de contrats d'association en participation ou de contrats de partage de la production.

L'un des plus importants projets découverts ces derniers mois est celui du nouveau champ pétrolier de Shurouq sur la concession nommée « Jenein Nord Block ». L'américain Pioneer Natural Resources (PNC) est devenu concessionnaire du bloc en 2006 et depuis novembre 2007, a mis en place les installations de production, dont la capacité s'élève actuellement à 10 000 barils par jour (bpj). Le montant du projet s'élève à 135 millions de dollars et, selon les dirigeants de Pioneer, le niveau de production va progressivement augmenter au cours de 2008 et devrait atteindre 15 000 bpj à la fin de l'année, tandis que les installations de forage sont susceptibles d'être élargies à hauteur de 20 000 bpj.

D'autres compagnies étrangères ont suivi dans le sillage de PNC. Les groupes canadiens Eurogas et Candax ont récemment lancé des opérations de forage sur de nouveaux champs pétroliers. Candax vient de lancer une nouvelle campagne de forage sur le champ pétrolier « Ezzaouia 17 », tandis que Eurogas vient de démarrer le forage relatif au permis d'exploration Ras el Besh- Sfax. Par ailleurs, le groupe suédois PA Resources vient de terminer le forage d'un nouveau puit de production d'une capacité de 12 500 bpj, dans le champ d'exploration reconnu de Didon.

Les excellents résultats enregistrés ces derniers mois par ces forages d'exploitation encouragent les entreprises à pousser l'aventure un peu plus loin. Par exemple, la société anglo-néerlandaise Shell Tunisie entend investir près de 3 millions de dollars dans la prospection sismique de champs sous-exploités. Le géant pétrolier a récemment été octroyé un permis de prospection d'hydrocarbures de deux ans dans la zone dite « Metouia ». Le permis est situé dans le gouvernorat de Gabès et couvre une superficie de 5 140 km carrés. En dépit de son immensité, ce site demeure sous- exploité en raison de sa nature géologique et des difficultés d'accès.

Le gouvernement s'est aussi engagé à accroître la capacité en aval, en accordant une concession de 30 ans à la compagnie Qatar Petroleum pour la construction et l'exploitation de la raffinerie de Skhira, au sud de Tunis. Cette nouvelle raffinerie, moyennant un investissement de 3 milliards de dollars, aura une capacité de production de 150 000 bpj. Le projet était prévu depuis plusieurs années déjà en vue de compléter la capacité de production de la raffinerie de Bizete qui s'élève à 35 000 bpj, et d'augmenter l'approvisionnement national en pétrole. Qatar Petroleum a récemment achevé l'étude de faisabilité, et est donc prêt à démarrer la construction.

L'embellie des perspectives pour les investisseurs ainsi que le lancement de ces nouveaux projets de prospection ne pouvaient pas mieux tomber pour la Tunisie, vu qu'un certain nombre des ses champs pétroliers commencent à s'épuiser. Selon des statistiques publiées par ETAP, la Tunisie compte quelque 437 millions de barils équivalent pétrole recouvrables, et quelque 116 milliards de mètres cubes de gaz. La production en 2007 s'est élevée à près de 35 millions de barils, soutenue en partie par un programme de développement extensif qui a permis de limiter la baisse de production de certains gisements en décroissance.

Néanmoins, si le secteur de l'énergie peut s'attendre à tirer d'excellents bénéfices de ces nouveaux projets au cours des prochains mois, ces prévisions doivent néanmoins être tempérées à plus long terme du fait de l'âge de la plupart des champs pétrolifères actuels. Un certain nombre de blocs tunisiens, notamment celui du gisement offshore de Didon, sont en voie d'épuisement. Ce qui veut dire que les nouvelles techniques de forage sont en mesure de ralentir le déclin naturel mais pas d'augmenter la production. Par conséquent, ETAP a commencé à évaluer les opportunités de développement à l'international. La compagnie est déjà impliquée dans des projets en Algérie et souhaite conclure de nouveaux accords avec le Mali et la Mauritanie, selon la presse locale.

Face à la flambée des prix pétroliers, qui ont passé le cap des 140 dollars le baril, les pays pauvres en matières-premières croulent sous le poids de l'inflation. La Tunisie n'est pas une exception. Le pays a vu son taux d'inflation s'approcher des 5% - contre 2% en avril 2007 - ce qui a conduit le gouvernement à augmenter le prix du carburant à la pompe à deux reprises cette année. Néanmoins, la montée des cours du pétrole représente aussi une aubaine pour les petits producteurs à court terme.

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