Le projet d'Union pour la Méditerranée est approuvé par les 27

14/03/2008
Source : Euractiv.fr
Pays de destination(s) : Algérie, Palestine, Chypre, Egypte, Euromed, Israël, Jordanie, Liban, Libye, Malte, Maroc, Syrie, Tunisie, Turquie
Secteur(s) concerné(s) : Autre ou non spécifié

Réunis à Bruxelles le jeudi 13 mars, les 27 dirigeants européens ont validé le projet soutenu par le président français destiné à redynamiser un processus de Barcelone en perte de vitesse.


L'Union pour la Méditerranée au menu du Conseil européen 

Sur le site d'Euractiv.fr

Le consensus franco-allemand sur l’Union pour la Méditerranée, arrêté le 3 mars dernier, sera présenté aux chefs d’Etat et de gouvernement réunis en Conseil européen cette semaine. Aucune décision ne devrait cependant être prise à ce sujet, les pourparlers avec les pays riverains de la Méditerranée n’étant pas terminés.

Prochaines étapes :

18-20 mai : World economic forum on the Middle East 2008, Sharm El Cheikh
25 mai : La présidente du Medef, Laurence Parisot réunit ses homologues des pays méditerranéens (La CGPME fera pareil début juin)
9 juin 2008 : Rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel
3-4 juillet : Réunion de l’Euromed à Marseille
13-14 juillet 2008 : Sommet « Union pour la Méditerranée » à Paris, avec les Etats concernés
Contexte :

L’Union pour la Méditerranée devrait constituer le menu principal du dîner des chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres de l’UE, qui se tiendra en marge du Conseil européen, jeudi 13 mars.

Ce projet, lancé par la France pendant la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, fait, depuis lors, l’objet de nombreux débats entre les Etats membres, notamment avec l’Allemagne, qui s’y est d’abord opposée. Le pays reprochait en effet aux Français de vouloir créer une nouvelle Union, qui exclurait les pays non riverains de la Méditerranée. Les Allemands estimaient en outre que le projet français était incohérent par rapport à la volonté de l’UE de mettre en place une politique étrangère unique.

Après avoir annulé une rencontre dont l’objectif était de discuter de cette union, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont finalement tenté de gommer leurs désaccords à ce sujet lors d’un dîner, le 3 mars dernier.

Enjeux :

Le nouveau projet devrait donc être présenté aux 27 à la fin de la semaine. Selon l’ambassadeur pour l’Union pour la Méditerranée, Alain Le Roy, qui s'est exprimé lors d’une conférence organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI), mardi 11 mars, les termes de l’accord franco-allemand « ne sont pas complètement connus », mais quelques éléments seraient actés.

L'accord franco-allemand

Nicolas Sarkozy aurait tout d’abord accepté que l’ensemble des pays européens soient associés à ce projet.

Le président français a néanmoins souhaité que « la priorité soit donnée aux pays riverains. L’idée serait que le processus soit présidé par une co-présidence entre les pays riverains du Nord et ceux du Sud », a indiqué Alain Le Roy.

Il s’agirait enfin de créer « un secrétariat de projets, qui serait également paritaire, dans lequel la Commission européenne serait représentée, mais ne piloterait plus l’ensemble du processus », a-t-il ajouté.

Une union de projets

La nouvelle Union sera une « union de projets pour un projet d’union », selon Alain Le Roy, qui a détaillé ses activités en cours et à venir : dépollution de la Méditerranée à l’horizon 2020, projet sur la gouvernance pour favoriser les investissements des entreprises dans les projets liés à l’eau (rechargement des nappes phréatiques ou création d’un système d’irrigation), mise en place d’une autoroute maritime entre Alexandrie et Tanger et d’un plan solaire méditerranéen.
Un espace scientifique méditerranéen pour mettre en réseau les pôles d’excellence, ainsi que des projets agricoles, sont également au programme.

Salués par des représentants du Maroc et de l’Algérie lors de la conférence organisée par l’Ifri, les projets de la future Union pour la Méditerranée ont pourtant d’ores et déjà été lancés par le processus de Barcelone.

« Tout ce que la nouvelle union pourrait faire est déjà prévu par la stratégie de Barcelone, par les accords de coopération et par les politiques de voisinage », commente d’ailleurs Fernando Riccardi dans l’éditorial du bulletin quotidien Europe du mardi 11 mars. « Si l’Union permet d’apporter l’élan qui actuellement fait défaut, qu’elle soit la bienvenue. Mais si les résultats ont été jusqu’à présent modestes, ceci ne dépend pas de la mauvaise volonté européenne, mais plutôt des difficultés sur l’autre rive ».

25 pays riverains de la Méditerranée

L’Union pour la Méditerranée concernerait 22 pays riverains de la Méditerranée et trois quasi-riverains, le Portugal, la Mauritanie et la Jordanie. Sur ces 25 Etats, 22 ont publiquement soutenu ce projet et trois d’entre eux ne se sont pas encore exprimés sur le sujet. Occupés notamment par leurs élections internes, le Liban et la Syrie n’ont pas réagi officiellement. Quant à la Turquie, elle s’est tout d’abord opposée à cette idée française, craignant que cette Union ne soit un stratagème de la France pour proposer à Ankara une alternative à l’adhésion à l’UE.

Quid de la Turquie?

L’appel de Rome pour l’Union pour la Méditerranée, signé par l’Italie, l’Espagne et le Portugal, le 20 décembre dernier, a toutefois rassuré les Turcs. Celui-ci précise en effet que la mise en place de l’union pour la Méditerranée n’interférera en aucun cas avec les négociations d’adhésion. « Les Turcs sont sur le point d’accepter le projet », a précisé Alain Le Roy.

Positions :

Selon le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse, vendredi 7 mars, en présence de son homologue britannique, Jim Murphy, il « n’y a désormais plus de divergences de vues avec les Allemands ». Le processus de Barcelone est « insuffisant », et doit être « complété », a-t-il ajouté. « L’Union pour la Méditerranée permet de dépasser le processus de Barcelone, qui doit rester articulé avec l’Union pour la Méditerranée ». « Il y a un consensus sur une voie qui permette à 27 d’aller au-delà et de dialoguer sur des projets concrets et plus politiques », a-t-il ajouté. Un point qui ne semble pas tranché, Alain Le Roy ayant évoqué, lors de la conférence de l’Ifri, des projets économiques et non pas politiques.

De son côté le ministre délégué chargé des Affaires européennes britannique, Jim Murphy, est revenu sur la polémique liée à la cohérence entre le processus de Barcelone et l’Union pour la Méditerranée. « Le contenu compte plus que le contenant », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que ce qui était fait au Sud ne devait pas être exclusif de ce qui était fait à l’Est de l’Europe.

Selon le président de l’Institut arabe des chefs d’entreprise, Chékib Nouira, une majorité des acteurs économiques de la Méditerranée sont favorables à ce projet. « Le manque de moyens et le manque de structures » sont, d’après lui à l’origine de l’échec du processus de Barcelone. « L’idée d’une union de projets (dans des domaines comme l’énergie, l’environnement et la R&D) est excellente, mais doit être accompagnée par d’autres manifestations qui mobilisent les entreprises du Sud. Au Maghreb, le tissu économique est constitué essentiellement de PME, or tous les projets cités par Alain Le Roy concernent des grandes entreprises pour les pays européens, et le secteur public pour le Maghreb », a-t-il souligné.

L’absence d’assise démocratique expliquerait l’échec du processus de Barcelone, selon Hassan Abouyoub, ancien ministre et ambassadeur itinérant du royaume du Maroc. « Si l’on veut que le projet d’Union pour la Méditerranée fonctionne, il faudra impérativement tenir compte des questions de gouvernance, de déficiences publiques, des problèmes liés à la qualité de l’appareil judiciaire, ainsi qu’à l’accompagnement des investissements », a-t-il expliqué. « Un secrétariat s’impose, ainsi que des schémas interactifs de financement pour mobiliser les populations et les entreprises sur ces projets ».

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