Union pour la Méditerranée : une nouvelle institution euroméditerranéenne vient de naître

15/07/2008
Source : Le Point.fr
Pays de destination(s) : Euromed
Secteur(s) concerné(s) : Autre ou non spécifié

Le réseau ANIMA salue la création de l'UpM, qui est destinée à donner un second souffle au Processus de Barcelone, sur la base de projets de développement Nord-Sud concrets.


L'Union pour la Méditerranée naît sous de bons augures

Par Le Point.fr

Syriens, Palestiniens et Israéliens ont multiplié les gages de bonne volonté en guise de cadeaux de naissance de l'Union pour la Méditerranée (UPM), qui a été officiellement portée sur les fonts baptismaux. Les 43 pays représentés au sommet inaugural de l'UPM ont lancé cette nouvelle alliance Nord-Sud née à l'initiative de la France sous les arches du Grand Palais de Paris en adoptant un liste de six projets concrets qu'il faudra développer. Nicolas Sarkozy a exhorté les pays de la rive Sud de la Méditerranée à suivre l'exemple de l'Europe après 1945. "C'est ensemble que nous allons construire la paix en Méditerranée, comme hier nous avons construit la paix en Europe", a estimé le président français. "Nous devons tisser des solidarités étroites autour de projets concrets." "Nous pouvons dire aujourd'hui que nous avons effectué un grand pas sur la voie de notre destin commun", a déclaré le président égyptien Hosni Moubarak, qui coprésidait la réunion. "Je suis certain que nous irons très loin sur cette voie." Pour les deux hommes, le maître-mot est "confiance" pour le développement de la rive Sud de la Méditerranée. "Je ne pense pas que c'est l'argent qui manque. Ce qui manque, c'est la paix, la sécurité (...) la confiance", a souligné Sarkozy en parlant de "marché fantastique".

De paix, il en a été beaucoup question à Paris.

Le président syrien Bachar al Assad, qui siégeait pour la première fois aux côtés d'un Premier ministre israélien même s'ils ont soigneusement évité tout contact physique et si Assad a quitté la salle au moment du discours israélien, a accepté samedi de normaliser ses relations avec Beyrouth lors d'une rencontre avec le président libanais Michel Souleïmane.

ACCORD PROCHE, DIT OLMERT

Assad a également évoqué les perspectives de paix avec Israël, pour lesquelles des négociations indirectes ont été entamées par le truchement de la Turquie. "Signer un accord de paix avec Israël (...), c'est une question qui nécessite six mois à deux ans maximum si les deux parties sont sérieuses dans l'engagement des pourparlers directs", a-t-il déclaré sur France 2. Les perspectives de paix entre Palestiniens et Israéliens ont également été jugées positives lors du sommet. Le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ehud Olmert ont fait assaut d'optimisme. "Nous n'avons jamais été aussi proches de la possibilité d'arriver à un accord comme nous le sommes aujourd'hui", a dit Olmert tandis qu'Abbas déclarait: "Nous sommes tout à fait sérieux, nous sommes sérieux pour parvenir à cette paix". Quarante-trois pays étaient représentés - les Vingt-Sept de l'Union européenne, les 12 membres du processus de Barcelone lancé en 1995 pour rassembler les deux rives de la Méditerranée ainsi que la Bosnie, la Croatie, Monaco et le Monténégro.

Même le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui se méfie d'une initiative proposée par un pays qui ne veut pas de la Turquie dans l'Union européenne, a fait le voyage de Paris. Le seul véritable absent a été le chef d'Etat libyen, Mouammar Kadhafi, violemment opposé au projet, qui n'était finalement représenté par aucune personnalité libyenne, tandis que le roi Mohammed VI du Maroc était remplacé par son frère. L'UPM entend se concentrer sur des projets concrets, comme la dépollution de la Méditerranée, les "autoroutes de la mer", la coopération en matière de protection civile pour la lutte contre les catastrophes naturelles, le développement de l'énergie solaire, l'éducation et l'aide aux PME.

PARTENARIAT NORD-SUD

Même si ces projets étaient pour beaucoup déjà prévus, tout comme l'objectif d'une zone de libre-échange pour 2010, la nouveauté viendrait des sources de financement diversifiées, et notamment de l'implication du secteur privé, ainsi que des coopérations au cas par cas pour éviter trop de bureaucratie. La principale innovation est d'ordre institutionnel pour que le Nord ne donne pas l'impression de dicter sa volonté au Sud, mais qu'il s'agit d'un véritable processus géré en commun. Ainsi, l'UPM sera pilotée par deux co-présidents: Hosni Moubarak a déjà course gagnée pour la coprésidence réservée au Sud, même si rien n'a été tranché à Paris, et, au moins dans un premier temps, Sarkozy sera le premier président pour le Nord parce qu'il assume pour l'instant celle de l'UE. La localisation du secrétariat qui sera chargé de piloter l'UPM n'a pas non plus fait l'objet d'un accord à Paris - la France pense à Tunis mais Malte, le Maroc et Barcelone sont aussi candidats - et un "comité de direction" composé de représentants du Sud et du Nord sera basé à Bruxelles. Les problèmes qui ont constamment empêché le processus de Barcelone ne disparaîtront toutefois pas par enchantement. "Les échecs du passé ont dus aux échecs du processus de paix au Proche-Orient", a rappelé Moubarak. La référence à "la fin de l'occupation" des territoires par Israël ainsi ont été supprimées et le communiqué final apporte son "soutien au processus de paix israélo-palestinien", sans évoquer explicitement la création d'un Etat palestinien, ce qui a suscité certains grincements de dents côté palestinien.

L'appellation - "Processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée" - qui a été retenue démontre son ambigüité.

La France qui voulait initialement limiter le périmètre de l'UPM aux seuls 22 pays strictement riverains de la Méditerranée, plus le Portugal, la Jordanie et la Mauritanie, a dû se soumettre aux exigences de l'Allemagne, principal investisseur de l'UE dans le Sud de la Méditerranée. Les Vingt-Sept seront désormais impliqués.

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